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Les expériences de Tonksounette

Mes découvertes, voyages et coups de coeur... et beaucoup de Disney !

Lecture : Harry Potter à l'école des sciences morales et politiques, Jean-Claude Milner

Lecture : Harry Potter à l'école des sciences morales et politiques, Jean-Claude Milner

Jean-Claude Milner est un linguiste et essayiste qui se passionne pour la philosophie politique et l'analyse sociale, thèmes majeurs de ses divers ouvrages. En mai 2014, il publie Harry Potter à l'école des sciences morales et politiques

Passionnée par le phénomène littéraire Harry Potter, j'adore découvrir des études sur ma saga favorite, vous pouvez d'ailleurs (re)découvrir mon article sur l'essai Harry Potter à l'école de la philosophie de Marianne Chaillan. Cependant ce livre est resté en suspens dans ma bibliothèque depuis mai 2014 pour une unique raison : la mention dès la quatrième de couverture que l'essai portera sur les films, et uniquement les films de la saga Harry Potter

Plus le temps passait et moins j'avais envie de le lire par peur d'être déçue, de plus en plus désintéressée par les films. Aujourd'hui mon affection envers les films est uniquement liée à une nostalgie d'enfance et je ne prends plus beaucoup de plaisir à les revoir. Je me suis donc fait violence pour lire Harry Potter à l'école des sciences morales et politiques six ans après mon achat, ce que j'aurais dû faire bien plus tôt car ces deux heures de lecture m'ont passionnée !

Voici mon retour sur cette lecture, j'ai sélectionné les idées de l'auteur que j'ai trouvé les plus pertinentes pour éclairer notre vision d'Harry Potter. Je ne fais pas de citation exacte de son essai mais j'en reprends les grandes lignes pour résumer les principaux axes de réflexion !

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Introduction

Jean-Claude Milner aborde la saga Harry Potter sous le terme "récit potterien" ce qui me plait beaucoup. Dès son introduction, il explique que le récit potterien a deux versions : l'une écrite et l'autre filmée et que le lecture et spectateur est libre de soit les combiner, soit de se pencher exclusivement sur l'une des deux en mettant l'autre entre parenthèses. C'est ce que j'applique au quotidien en isolant les films mais ici Jean-Claude Milner choisit d'exclure les livres pour se concentrer sur les films, dont la condensation facilite l'analyse politique et morale.

Il prend soin de rappeler dès l'introduction des détails essentiels à propos du personnage d'Albus Dumbledore qui a une place centrale dans son essai. Incarné par Michael Gambon dès le troisième film, Dumbledore est un personnage relativement plat et vide à l'écran. Son interprète en est la raison majeure puisqu'il s'est vanté de ne pas avoir lu la saga et s'être contenté uniquement du script pour incarner le personnage. Les films ont considérablement réduit la biographie de Dumbledore et par conséquent, Michael Gambon ne pouvait pas se servir de la profondeur de son personnage (détaillée dans les romans) pour orienter son jeu. C'est de cette façon qu'il a totalement gâché son personnage en lui retirant sa personnalité des romans, à la différence de Severus Rogue pour qui son interprète Alan Rickman s'est passionné, allant jusqu'à demander des détails à J.K. Rowling pour vivre pleinement son personnage (et ça se ressent) ! 

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1. Un récit d'éducation

Au fur et à mesure des tomes/films, le lecteur/spectateur grandit et s'instruit en même temps que notre héros. L'éducation de Harry est une narration continue entre son entrée à Poudlard à 11 ans et son adieu à 17. Le premier chapitre et la première scène nous montrent un Harry bébé avant la première ellipse, le dernier chapitre et la dernière scène nous emmènent 19 ans plus tard.

Les premiers films souffrent du handicap d'être sortis avant la fin de la saga littéraire. Les réalisateurs devaient prendre un chemin dont ils ne connaissaient pas l'aboutissement mais avec une petite visibilité sur les intrigues suivantes. Par exemple dans une des dernières scènes d'Harry Potter et la Chambre des Secrets, Dobby interrompt Lucius qui s'apprête à lancer le sortilège de la mort sur Harry. Le spectateur (s'il n'a pas lu les livres) ne comprendra pas l'impact du "Avada..." interrompu, au même titre que Harry qui ignore ce sortilège. Le spectateur découvrira deux films plus tard et en même temps qu'Harry, dans Harry Potter et la Coupe de Feu, la gravité de ce maléfice.

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2. Les leçons de la tante Marge

Jean-Claude Milner établit un lien entre Marjorie Dursley et Margaret Thatcher, allant jusqu'à dire que les Dursley semblent incarner l'idéal thatcherien dans leur mode de vie. Lorsque la tante Marge gonfle comme un ballon, l'auteur fait un lien avec le ballon de baudruche de Chaplin dans Le Dictateur.

Notre philosophe s'essaye à nous montrer ce que ce monde fictif permet de conclure sur notre monde. Le monde moldu est clairement défini comme inscrit à la fin du XXème siècle, or le monde des sorciers est dans une temporalité très floue. Chaque film pourrait se passer l'année où on le regarde. Les décors notamment le Chemin de Traverse sont inspirés de l'univers d'Oliver Twist. La magie suffisant aux sorciers, ils peuvent se passer de technologie, permettant aux films de se couper de toute précision temporelle.

Jean-Claude Milner remarque également une volonté de la part de J.K. Rowling de développer une vision de la Grande-Bretagne hors d'un système capitaliste. Il n'y a pas d'autorité monétaire, les commerces sont des boutiques individuelles dont les vendeurs sont propriétaires, le salariat ne semble pas exister. Les décors aussi charmants soient-ils, restent vieillot, propres à une Angleterre du début du XIXème siècle.

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3. La leçon d'Eton

Dans ce chapitre, Jean-Claude Milner met l'accent sur les public schools britanniques. Poudlard semble être une école privée mais ne l'est pas. Elle est au centre de cette société magique grâce à sa transmission du savoir et au développement personnel qu'elle procure à chaque élève, prenant le dessus sur tout le reste. Qu'en est-il de la religion, l'état, la politique ? Le récit potterien est résolument athée. Si le premier ministre moldu est mentionné, il n'en est rien de la Reine ou du Parlement. Il ne semble pas y avoir de classes sociales définies non plus, ces notions sont très floues.

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4/ La leçon des humanistes

Poudlard témoigne de l'importance de l'enseignement notamment par les livres, la bibliothèque du château occupant une place essentielle. L'école est en constante opposition avec le Ministère de la Magie. D'un côté le Ministère impose des limites, de l'autres l'école développe les pouvoirs de chacun. Jean-Claude Milner note l'absence de législation, de constitution dans ce monde magique. Des lois sont appliquées mais on ne sait pas vraiment qui les crée. 

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5. La leçon de Voldemort

L'Ordre du Phénix marque le retour du grand mage noir auquel personne ne croit, surtout pas le Ministère qui est dans un déni total qui le mène à la psychose : Albus Dumbledore formerait une armée pour renverser le Ministère et prendre le pouvoir. Jean-Claude Milner fait un rapprochement avec Churchill qui dénonçait les activités d'Hitler alors que le ministère de Chamberlain fermait les yeux sur la réalité.

Dans L'Ordre du Phénix, la presse développe un rôle majeur, que ce soit avec la Gazette du Sorcier, journal unique et outil de propagande ou avec le Chicaneur, tentative de presse indépendante dirigée par les Lovegood. La résistance se développe avec les radios clandestines. Voldemort est sans cesse comparé à Hitler, prenant possession totale de ses partisans, allant jusqu'à investir la maison de Lucius Malefoy et le priver de sa baguette, élément fondamental de l'identité d'un sorcier.

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6. La leçon des sorciers

Ce chapitre met en avant l'opposition Etat de droit / Etat de nature. On remarque qu'il n'y a pas d'Etat à proprement parler dans le monde magique. A Poudlard, Dumbledore dicte les règles et est garant du droit. Hagrid, lui, incarne la limite entre l'état de nature et l'état de droit. Sa bonté envers les animaux même les plus répugnantes créatures, son dévouement envers les centaures, son respect des nés-moldus... Il transgresse certaines lois de Poudlard par humanité. Il offre à Harry non seulement une protection, mais son premier gâteau d'anniversaire, son premier vrai cadeau de Noël. Il n'hésite pas à élever un bébé dragon orphelin. 

Jean-Claude Milner met en appui la haine de Lucius envers Hagrid, sans doute parce qu'il voit en lui ce qu'il ne sera jamais. Un homme bon, vrai, au-delà de la magie qu'il n'a pas le droit d'exercer, un sorcier puissant par sa nature du coeur.

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7. La leçon des Moldus et le secret de Dumbledore

Dans Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, la mort de Dumbledore transforme Harry. Elle l'éloigne de ses amis et renforce sa haine envers Rogue dont il n'arrive pas à comprendre et accepter la trahison. Il incarne le mal absolu et détruit l'image idyllique qu'Harry avait des sorciers.

A partir de cet instant, Harry commence à éprouver de la nostalgie et de l'affection pour le monde des moldus. Dans la scène d'Harry Potter et les Reliques de la Mort Partie 1 où Harry et Hermione dansent ensemble sur "O'Children" de Nick Cave, ils partagent un moment qui les relie au monde moldu. Harry tient ensuite à enterrer Dobby sans magie, magie qu'il hait à ce moment là car elle a fait de Dobby un esclave et est responsable de sa mort.

Jean-Claude Milner met l'accent sur le manque d'œuvres artistiques dans le monde magique. Les livres ne semblent parler que de magie et de réalisations nées de la magie uniquement. Les sorciers, à la différence des moldus qui inventent sans cesse, sous le regard admiratif d'Arthur Weasley, manquent de création, comme si la magie n'aidait pas à développer la créativité.

La plus grande force d'Harry, nommée "vieille magie" par Voldemort, c'est l'amour et elle lui vient de sa mère, indépendamment du monde des sorciers. L'amour est également la plus grande force de Severus Rogue, sentiment qu'il a vu naître dans le monde moldu.

Albus Dumbledore reconnait l'importance de la "magie moldue". Il s'intéresse à eux, lit la presse moldue, utilise des citations et proverbes moldus. Il valorise le pouvoir des mots, une force encore une fois indépendante du monde magique. Albus Dumbledore est une figure de transition entre la "magie moldue" et la magie des sorciers et efface l'imaginaire de supériorité des sorciers sur les moldus.

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En conclusion, Jean-Claude Milner nous amène petit à petit à nous questionner sur la cohabitation des communautés différentes au sein de la même société. Poudlard est le lieu central où naît et se développe la tolérance chez les sorciers envers les moldus. La philosophie politique du récit potterien peut s'appliquer à l'humanité toute entière.

Harry Potter à l'école des sciences morales et politiques ouvre une réflexion sur la place du monde sorcier dans le Royaume-Uni, à l'échelle du monde réel de 1990. La tolérance, incarnée par Poudlard, est l'équilibre idéal entre savoirs et pouvoirs.

L'étude de Jean-Claude Milner s'applique aux grands connaisseurs des films Harry Potter. Il ne perd pas de temps à résumer et détailler des scènes, événements et personnages : il part du principe que son essai s'adresse aux fans. Il m'a été difficile de faire abstraction des livres en lisant cette étude, cependant les points abordés ne contredisent pas ou très peu les livres et n'apporteront pas de gêne au lecteur passionné de la saga littéraire !

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